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5. Logiciel libre

5.1 Softs propriétaires ?

Le modèle de loin le plus courant dans le développement de logiciels est celui des logiciels dits propriétaires. Cette appellation concerne essentiellement leur licence. Le cas typique d'un logiciel propriétaire est le suivant :

Les logiciels suivant un modèle propriétaires ne sont donc pas un modèle d'ouverture et de transparence, loin de là.

5.2 Disposer du code source ?

Le code source est extrêmement intéressant pour un développeur. C'est le seul moyen véritable de savoir exactement ce que fait et ce que ne fait pas un logiciel. C'est une des seules façons de modifier aisément un programme pour ses besoins particuliers.

L'intérêt de disposer du code source est multiple. Le fait de savoir exactement ce que fait un logiciel permet d'éviter pas mal de dérive que l'on est obligé de constater passivement de plus en plus (informations à caractère privé envoyées à des sites d'éditeurs américains à l'insu de l'utilisateur, par exemple).

Dans le domaine de la sécurité informatique, la plupart des spécialistes du domaine n'ont guère de doute à ce sujet non plus. A moins d'être parfait, un logiciel comporte des failles susceptibles d'être exploitées par des crackers. Du point de vue commercial, il est très tentant de cacher les failles de ses logiciels, et même de ne pas trop y prêter attention. Les crackers ne voient pas les choses sous cet angle trop optimiste, témoin en est la multitude de virus et de sites web détournés. Dans le monde du logiciel libre, les bugs existent aussi, bien sûr. Mais ils ne sont pas cachés, en général : les listes de bugs sont ouverts à tous. Dans le domaine de la sécurité, il n'est pas rare qu'un patch soit sorti quelques heures seulement après la découverte d'une faille, ce qui n'est pas vraiment le cas du monde propriétaire (où il vaut mieux ne pas se trouver au sein d'une minorité)

Prenons le cas de l'enseignement de la programmation. Il me paraît évident que l'on apprend énormément en lisant le code d'autrui. Ce n'est possible que si l'on dispose du code source, bien sûr. Dans le cas de Linux, tout informaticien peut lire, comprendre et même modifier un véritable système d'exploitation professionnel : quel terrein d'étude fabuleux !

Il ne faut pas oublier non plus l'importance de la révision des pères (peer review). Un code source ouvert est forcément lu par pas mal de monde. Si un bug s'y dissimule, il est probable que quelqu'un tombera dessus et le corrigera : le code s'en trouve amélioré. Cela tend aussi à faire intervenir la réputation de l'auteur principal du code : s'il a rédigé son code comme un cochon, il ne sera pas fier de le montrer. L'ouverture du code conduit là aussi à une amélioration (ou à une disparition du logiciel s'il est vraiment mauvais).

Enfin, la science informatique est à l'image des autres sciences exactes : pour qu'une loi scientifique soit validée, elle doit être publiée de manière à ce que la communauté des chercheurs soit en mesure de la reproduire, pour la valider ou l'invalider. Il en va de même pour la loi de ''qualité'' d'un logiciel, pour celle de son nombre quasi null de bugs (que l'on pourrait appeler erreurs, de manière plus négative).

5.3 Free Software

Le logiciel libre est une réponse aux problèmes causés par les logiciels propriétaires. Richard Stallman est le véritable pionnier en la matière, depuis la création en 1984 de la Free Software Foundation.

En anglais, le mot ''free'' est ambigü : il faut le comprendre dans le sens ''free speech'' et pas ''free beer''. Le français n'a pas ce problème : on parle de logiciel libre, et pas de logiciel gratuit.

Les licences reconnues comme libre (cfr site gnu.org) sont souvent basées sur une licence de type ''copyleft'' (jeu de mot par rapport au copyright). La plus représentative est la licence GPL (GNU Public Licence), ou sa soeur la LGPL (Lesser GPL, anciennement Library GPL). Une licence de type GPL permet:

Le but poursuivi est de l'ordre de la liberté : on ne dépend plus de la volonté d'une seule firme (puisqu'on peut modifier tout soi-même s'il le fallait), on peut utiliser et modifier à sa guise les logiciels dont on a besoin, etc. C'est ça, le logiciel libre. On est dans le monde GNU, celui de la GPL, celui de la FreeSoftware Foundation, celui de RMS. Cfr le site officiel de la FSF, gnu.org.

Un petit point à ne pas négliger, tout de même. La GPL est bel et bien un copyright, dans la mesure ou les droits de protection intellectuelle s'appliquent au détenteur du copyright (l'auteur principal, généralement). Cela signifie que l'on doit indiquer clairement si le code a été modifié, quand et par qui, et que l'on doit indiquer la liste des auteurs originels dans les ''remerciements''. En effet, il y va de la réputation de l'auteur principal, qu'il n'a généralement pas envie de voir ternir (de nombreux programmeurs développent pendant leur temps libre).

Pour souligner le point précédent, certains lecteurs inattentifs seront surpris d'apprendre que tous les ''grands noms'' du logiciel libre condamnent d'une même voix les violations de copyright impliquées dans la copie illégale d'oeuvres musicales (format MP3 en particulier).

5.4 OpenSource

La FSF n'est désormais plus la seule à proposer une alternative aux logiciels propriétaires. Un autre terme, moins exigeant que ''logiciel libre'', a émergé : le fameux ''opensource''.

La distribution Debian GNU/Linux est la première (la seule, vraiment) à disposer de critères très précis pour savoir si un logiciel est libre ou nom. Ces critères sont repris dans les documents fondateurs de Debian, auxquels adhèrent normalement tous les membres du projet Debian. A l'origine du terme OpenSource, l'un des leaders Debian élu auparavant, Bruce Perens. Sa façon de voir est très proche de celle de la FSF : Debian participe en quelque sorte au projet GNU

Assez rapidement, Bruce Perens et Eric Raymond (alias ESR) créent le site opensource.org, en définissant le terme opensource (en grande partie basé sur les critères Debian). ESR est l'auteur du célèbre document ''The cathedral and the bazaar'', document lu à l'époque par un des pontes de chez Netscape. Ce document a servi de base à la décision étonnante de Netscape d'ouvrir son code source et de recommencer son navigateur à partir de rien. C'était une grande première, en 1998 : un éditeur de renom ouvrait son code source. La voie était ouverte, et d'autres ont suivi progressivement.

De nombreuses personnes ont entendu parler de l'opensource, et ce terme est désormais confondu avec le logiciel libre, qui est pourtant assez différent. L'opensource est moins exigeant, plus orienté vers le monde commercial. On pourrait dire, en caricaturant, qu'il suffit de montrer le code source d'un logiciel pour qu'il soit déclaré opensource. De plus en plus de firmes profitent de la confusion pour faire croire qu'ils font dans l'opensource, parfois même en abusant des termes libres (GPL).

Mais un logiciel opensource n'est pas libre pour autant : peut-on le modifier librement ? Peut-on le redistribuer, avec ou sans ces modifications ? Peut-on interdire (comme le fait la licence GPL) de rendre propriétaire les éventuelles modifications ultérieures basées sur la contribution qu'on y a apportée, afin qu'un logiciel libre (modifié) reste un logiciel libre ? La réponse n'est pas toujours affirmative...

5.5 Autres licences

Il existe également de nombreuses autres licences. La plus connue est sans doute le shareware, voire le freeware. Le shareware est généralement un logiciel propriétaire : il est d'ailleurs mentionné explicitement que l'auteur doit être rénuméré si le logiciel n'est pas désinstallé complètement après la période d'essai. Le droit d'utilisation libre n'étant pas rempli, ce logiciel n'est pas libre. Il n'est souvent pas opensource non plus, car le code source n'est généralement pas inclus.

Le cas des freeware est similaire : même si ces logiciels sont gratuits, ils ne sont souvent ni libres ni opensource (code source non disponible).

Pour plus de détails, un seul véritable site de référence, celui de la Free Software Foundation (FSF), sur http://www.gnu.org. Les licences reconnues comme libres y sont toutes référencées et analysées. Il ne s'agit pas forcément des licences GPL ou LGPL (cas des licences Artistiques, BSD, etc)

5.6 Les brevets logiciels

Disposer du code source et pouvoir tout modifier paraît intéressant, sans limite stupide. Ce n'est malheureusement pas le cas. Les grandes firmes informatiques américaines utilisent une arme redoutable : les brevets logiciels.

Un brevet est bien pire qu'un copyright : il interdit d'utiliser une catégorie complète de procédés, plutôt qu'un seul. Si les brevets littéraires existaient, ils n'interdiraient pas de copier le livre romantique de Mr X, mais bien tous les ouvrages qui traiteraient de l'amour entre un homme et d'une femme, par exemple!

Les brevets logiciels sont dangereux. Heureusement, ils ne sont valables qu'en Amérique, et pas en Europe. Pour une fois, nous pouvons (temporairement) être fiers de l'attitude plus conservatrice des Européens : ce type de brevet est illégal, étant données les lois européennes. L'Europe protège également nos vies privées, alors qu'aux USA, la vie privée n'est qu'une marchandise comme une autre, simplement un peu plus chère... Mais le combat n'est pas encore gagné : les pressions économiques sont énormes, et des centaines de demandes de brevets ont déjà été déposées à l'Office Européen des Brevets (OEB). Espérons que le conseil de l'Europe reste sage et décent, sans céder à l'économisme quasiment satanique qui se cache derrière ces pressions gigantesques.

En fait, de nombreux brevets déposés aux USA sont tout simplement stupides. La notion d'interface graphique est brevetée. L'utilisation du ''ou exclusif'' logique (xor) l'est aussi. L'utilisation de barre de défilement, la réponse renvoyée à un browser après interrogation d'une base de données, aussi. Autant dire qu'il est impossible de développer un logiciel sans enfreindre au-moins un de ces brevets.

Autant tordre le cou à une fausse rumeur, pourtant farouchement défendue par les défenseurs des brevets logiciels (qui en vivent...) : les brevets ne protègent en rien le petit développeur dans son laboratoire contre les méchantes multinationales. En effet, le dépôt d'un brevet prends du temps et coûte un bon paquet d'argent. Les ''petits'' n'ont pas vraiment la possibilité d'en déposer un. Et même s'ils le font, ils seront la proie éventuelle de grosses firmes qui ont acheté une multitude de brevets, dont plusieurs seront certainement enfreints vu leur simplicité. Si le petit devient gênant ou intéressant, il sera acheté, absorbé ou supprimé par les plus grands, à coup de brevets s'il le faut. Celui qui gagne est celui qui a la plus grosse pile de brevets, et les grosses sociétés ne sont pas à la traîne. Il est à noter que certaines firmes pas du tout informatiques en vivent aux USA : elles achètent des brevets débiles, puis gagnent leur vie en attaquant les coupables.

Pour ceux qui croient naïvement que tout ceci n'est que des mots, quelques exemples. Le format GIF est intéressant sur le web parce qu'il est léger, grâce à un algorithme de compression (LZW). La société Unisys, détentrice du brevet sur LZW, a attaqué plusieurs sites web parce qu'ils contenaient des images gif et n'avaient pas payé de royalties. Bref, virez tout ce qui ressemble au format gif et passez au PNG (Portable Network Graphic), format libre proposé par le W3C, et de loin supérieur au gif. Autre exemple, les logiciels de création de MP3. Le format MP3 est breveté aussi : sans royalties, impossible (illégal) de créer un programme pour générer des fichiers MP3. Ou encore les players de DVD, condamnés à ne pas exister sous Linux pour un certain temps à cause de brevets (cryptage des films). La liste est longue...

5.7 Le futur avec la World Company

Les perspectives précédentes ne me paraissent pas très réjouissantes, personnellement. Et les optimistes risquent de changer d'avis lorsqu'ils sauront ce que de puissantes sociétés commerciales (pardon, informatiques ;-) ont en tête ces temps-ci.

Prenons le cas de Micro$oft. Sa vache à lait, c'est la suite Office. Or, les clients en ont assez d'upgrader sans raison valable et de payer les licences : les rentrées colossales de Micro$oft diminuent. Pour éviter l'érosion, la solution est simple : fini les licences d'utilisation accordées indéfiniment. Désormais, on va parler d'assurance upgrade, pour des périodes déterminées (1 à 3 ans très prochainement). On ne pourra plus upgrader, il faudra payer le prix plein si on n'a pas souscrit à une assurance upgrade (et rien ne dit qu'il y aura upgrade, d'ailleurs).

Ce n'est qu'un pas vers le futur vu par Micro$oft, vers le fabuleux, le merveilleux ''dot net''. Leur argument est intéressant : pour ne pas upgrader ses machines (fastidieux), autant utiliser ces logiciels sur les serveurs de Micro$oft, à distance, via TCP-IP. On est certain de ne pas avoir de problème de maintenance chez soi, on est toujours à la dernière version, etc. Mais on va alors louer ce service, probablement sur une base mensuelle : et hop, on renfloue les caisses ! Mais on tait soigneusement les autres implications éventuelles : confiez-nous nos données, histoire que ce soit plus facile à analyser (même si Micro$oft ne veut pas le faire, cela sera trop tentant pour d'autres).

Je n'ai pris Micro$oft que comme un exemple parmi d'autres. La société derrière Applixware, cette chouette suite bureautique (même si payante), légère et efficace, a changé son fusil d'épaule. La suite sera accessible partout via le web, selon un fonctionnement similaire au ''dot net'' de Micro$oft. Et pour ceux qui veulent abandonner Micro$oft Office, horrifiés, au profit de StarOffice, qu'ils ne se rassurent pas trop vite. StarOffice n'est autre que la petite société allemande StarDivision, qui s'est fait absorber par le géant Sun. Et cela fait un bail qu'on entend parler de Star Portail... eh oui, toujours le même genre d'idées : fonctionnement à distance sur leurs serveurs, etc

Ce futur ne me plaît personnellement pas du tout, et je n'en veux même franchement pas. Il est temps de penser aux alternatives, grand temps même, voire peut-être déjà fort tard. Trop tard ?

5.8 La face cachée des géants

Je n'insisterai guère sur ce point. Je ne peux que recommander la page ''Piège dans le cyberespace'', qui a eu un énorme succès sur le web. Roberto Di Cosmo, son auteur, en est devenu célèbre. Il a sorti un livre intitulé ''Le hold-up planétaire -- la face cachée de Micro$oft'', qui vaut vraiment la peine d'être lu. La réflexion, quoiqu'un peu alarmiste pourraient dire certains, est pourtant fort pertinente. Cet ouvrage est concentré sur Micro$oft, étant donné son monopole de facto, mais des choses similaires pourraient être dites dans bien d'autres cas.

Pour revenir à l'intérêt de disposer du code source, voici les exemples du monde caché des logiciels propriétaires fermés. Dans le cas de Micro$oft Office (version 97 en tout cas), un tollé a été provoqué lorsqu'on a découvert que chaque document créé se voyait attribuer un identifiant unique (ouvrir un document Word avec un éditeur de texte brut style NotePad et chercher une chaîne ressemblant à ''PID_GUID''). De plus, d'autres infos s'y trouvent, et j'ai pu le vérifier moi-même. Par exemple : le nom et la société de la personne enregistrés à l'installation d'Office, le nom de l'imprimante réseau utilisée, les termes de recherche ayant servi à l'insertion d'un clipart via la Clipart Gallery, ce genre de choses.

Prenons un autre cas. Si vous appréciez Real JukeBox, vous changerez sans doute vite d'avis. En effet, lorsqu'un fichier son était joué et que l'utilisateur était connecté à Internet, des informations (cryptées au préalable) étaient envoyées au site de la société. Quelles informations ? Les noms des fichiers son lus, histoire de pouvoir par exemple connaître les auteurs musicaux appréciés par le client, espionné à son insu. Cette violation de la liberté est Européenne et non condamnable aux USA, pays de l'éditeur. Echec et math.

Si vous avez le temps et les compétences, vous pouvez aussi vous amuser à en trouver d'autres. Cela existe. Qui a parlé de l'assistant d'enregistrement de Windows 98 ? Ben oui, lui aussi...


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